À Montréal, l’automne arrive en couleurs. Les arbres changent, l’air se rafraîchit, puis, presque sans prévenir, il fait noir quand on quitte le travail.
Pour bien des gens, ce changement s’accompagne d’un changement d’humeur. L’énergie baisse. Les matins sont plus difficiles. Le canapé devient plus tentant qu’une soirée entre amis. Si cela vous arrive à peu près au même moment chaque année, vous ne l’imaginez pas, et vous n’êtes pas seul.
Qu’est-ce que le trouble affectif saisonnier
Le trouble affectif saisonnier, souvent appelé TAS, est une forme de dépression qui suit les saisons. Il a été décrit pour la première fois par des chercheurs en 1984, qui avaient remarqué que certaines personnes devenaient déprimées chaque automne et chaque hiver, puis se sentaient mieux au printemps.
Aujourd’hui, on le reconnaît comme une dépression majeure à caractère saisonnier. Le mot clé est caractère. L’humeur basse arrive et se dissipe à peu près au même moment de l’année, pendant au moins deux années de suite.
La plupart des personnes atteintes du TAS le remarquent en automne et en hiver. Il existe aussi une forme estivale, moins fréquente.
À quel point est-il courant au Canada
Vivre aussi au nord a son importance. La dépression saisonnière est plus fréquente là où les journées d’hiver sont plus courtes.
- Environ 2 à 3 % des Canadiens vivront un TAS au cours de leur vie.
- Environ 15 % en vivront une forme plus légère, souvent appelée le blues de l’hiver.
- Le TAS représente environ 10 % de tous les cas de dépression.
Alors si les mois plus sombres vous pèsent, vous êtes loin d’être le seul.
Blues de l’hiver ou quelque chose de plus
Se sentir un peu à plat en janvier est courant. Le TAS se distingue par l’ampleur de ses effets sur la vie.
Le blues de l’hiver peut vouloir dire qu’on se sent un peu fatigué et moins motivé, mais qu’on arrive quand même à gérer le travail, les relations et ce qui compte pour nous.
Le TAS a tendance à aller plus loin. Il peut rendre les journées ordinaires difficiles, et il revient chaque année.
Les signes à surveiller
Le TAS hivernal partage plusieurs signes avec d’autres formes de dépression, comme :
- Une humeur basse la plus grande partie de la journée, presque tous les jours
- Une perte d’intérêt pour ce qu’on aime habituellement
- Un sentiment de désespoir ou de dévalorisation
- De la difficulté à se concentrer
- Peu d’énergie
Il apporte aussi souvent quelques signes qui lui sont propres :
- Dormir plus que d’habitude et se sentir quand même fatigué
- Avoir envie de glucides et manger davantage
- Prendre du poids
- S’éloigner des autres, une sorte d’hibernation
La forme estivale est différente. Elle amène plus souvent des difficultés à dormir, une baisse d’appétit, de l’agitation et de l’anxiété.
Pourquoi cela arrive
Les chercheurs en apprennent encore, mais la lumière semble jouer un rôle central. Moins de lumière du jour peut dérégler l’horloge interne qui nous dit quand dormir et quand nous réveiller. Cela peut aussi influencer la sérotonine, qui aide à réguler l’humeur, et la mélatonine, qui aide à réguler le sommeil.
Autrement dit, le TAS n’est pas un manque de volonté. C’est une vraie réaction du corps à un vrai changement dans l’environnement.
Ce qui peut aider
La bonne nouvelle, c’est que le TAS est bien étudié, et plusieurs approches s’appuient sur une recherche solide.
La luminothérapie
La luminothérapie consiste à s’asseoir près d’une lampe très lumineuse, habituellement de 10 000 lux, pendant environ 30 à 45 minutes chaque matin. Dans une étude canadienne, la luminothérapie a été aussi efficace qu’un médicament antidépresseur, et elle a commencé à agir plus tôt.
Parlez-en à un médecin avant de commencer, surtout si vous avez un trouble bipolaire, un problème aux yeux ou si vous prenez un médicament qui rend sensible à la lumière.
La thérapie par la parole
La thérapie cognitivo-comportementale adaptée au TAS aide à repérer les pensées qui rendent l’hiver plus lourd, et à planifier des activités qui ramènent l’énergie et le lien avec les autres. Dans une grande étude, les personnes qui avaient suivi cette thérapie étaient moins susceptibles de voir leur dépression revenir deux hivers plus tard que celles qui avaient utilisé la luminothérapie seule.
C’est une des raisons pour lesquelles la thérapie peut être si précieuse. Elle peut vous donner des outils que vous gardez d’une saison à l’autre.
Les médicaments
Pour certaines personnes, un médicament antidépresseur fait partie du plan. C’est une conversation à avoir avec un médecin ou un psychiatre.
De petits soutiens au quotidien
- Sortir à la lumière du jour, même brièvement, surtout le matin
- S’asseoir près d’une fenêtre quand c’est possible
- Garder des heures de coucher et de lever régulières
- Bouger d’une façon qui fait du bien
- Prévoir des choses à attendre avec plaisir pendant les mois plus sombres
- Garder le contact avec les autres, même quand on aurait envie de se cacher
Ce n’est pas une solution à soi seul, mais cela peut rendre la saison plus légère.
Quand demander de l’aide
Si l’humeur basse revient chaque automne, ou si elle rend le travail, l’école ou les relations plus difficiles, il vaut la peine d’en parler à quelqu’un. Vous n’avez pas besoin d’attendre que ce soit insupportable.
Chez Jade Therapy, nos intervenants peuvent vous aider à comprendre votre propre cycle et à préparer un plan pour les mois à venir. Pour en savoir plus sur la thérapie individuelle.
Si vous avez des pensées suicidaires ou ne vous sentez pas en sécurité, appelez ou textez la Ligne d’aide en cas de crise de suicide au 988, en tout temps. En cas d’urgence, composez le 911 ou rendez-vous à l’urgence la plus proche. D’autres lignes d’aide se trouvent sur notre page de contact.
Un doux rappel
Les saisons continueront de changer. Avec le bon soutien, votre façon de les traverser peut changer aussi.
Le printemps revient toujours.
Références
- American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (5th ed., text rev.).
- Canadian Mental Health Association, BC Division. Seasonal Affective Disorder (en anglais).
- HeretoHelp, BC Partners for Mental Health and Substance Use Information. Seasonal Affective Disorder (en anglais).
- Lam, R. W., Levitt, A. J., Levitan, R. D., et al. (2006). The Can-SAD study: A randomized controlled trial of the effectiveness of light therapy and fluoxetine in patients with winter seasonal affective disorder. American Journal of Psychiatry, 163(5), 805–812.
- National Institute of Mental Health. Seasonal Affective Disorder (en anglais).
- Rohan, K. J., Meyerhoff, J., Ho, S. Y., et al. (2016). Outcomes one and two winters following cognitive-behavioral therapy or light therapy for seasonal affective disorder. American Journal of Psychiatry, 173(3), 244–251.
- Rosenthal, N. E., Sack, D. A., Gillin, J. C., et al. (1984). Seasonal affective disorder: A description of the syndrome and preliminary findings with light therapy. Archives of General Psychiatry, 41(1), 72–80.



